DE L’AUTRE CÔTÉ

On y pénètre à pas feutrés.

Quelques accords grattés à la guitare installent une tension. Sourde. Qui plane au-dessus. Tout autour. En dedans. Qui nous saisit. Le chant rythmé de Fred Denise introduit alors “Sista Porn”, cette menace glaciale qui fond sur nous et va tout emporter sur son passage, en une allégorie du covid19. Jusqu’à nous entraîner dans cette “Mass Murder Dance”, titre du premier morceau du tout premier, lui aussi, album de l’artiste normando-toulousain. La guitare épouse alors cette frénésie. L’ambiance est posée. L’écoute de cet opus basé sur le duo guitare-voix ne va pas se faire à la légère. On est pris. Dès les premières notes. Dès les premiers mots chantés.

Surgit alors le violoncelle de Caroline Menrath, acolyte de Fred sur le morceau éponyme “Otherside”, qui vient apaiser la tension installée. Et nous plonger entièrement dans l’univers de l’artiste. Un univers absolument pas parallèle. Un univers bien ancré dans nos préoccupations bien humaines. Dans nos travers. Comme dans nos attentes. Dans nos espoirs. Comme dans notre folie. Dans nos désirs. Comme dans nos rêves. Les plus fous.

Ce deuxième morceau, tout premier texte écrit par Fred Denise à la fin des années 90, plante en effet un décor plus intimiste. Grâce bien sûr à ces notes de violoncelle mais aussi par son texte. Balade sensible qui narre une attente vers une vie meilleure. Un autre côté qui ne peut être que mieux. C’est la promesse de cette musique, que l’on retrouve à la fin de l’album, en version violoncelle-voix cette fois. Telle que Fred Denise l’entendait dans sa tête depuis toutes ces années. Telle aussi une clôture tout en délicatesse alors que l’on quitte l’écoute de cette œuvre pour se replonger dans notre propre univers. Étrangement semblable à celui que nous invite à parcourir Fred Denise.

Heureusement, la guitare toujours simple et directe s’accorde à merveille à la voix chaude de Denise. Il en ressort alors une impression de réconfort malgré la dureté de certains morceaux.

” je suis venu te voir aujourd’hui/t’étais déjà parti/pourquoi comment on passe de l’autre côté du miroir/la peur, la douleur, les pleurs/le désespoir/je sais qu’on meurt aussi à l’intérieur/de trop y voir”

Ce dernier couplet du morceau “Folie” imprime le ton de ce sept titres. Alors que le texte aborde le thème de la schizophrénie, Fred Denise le fait tout en élégance et en humanité. Car il sait de quoi il chante. Lui qui a beaucoup côtoyé de schizophrènes et leur indicible souffrance.

Voilà ce qui fait le corps de cet album. Ici, point de récit fantasmé. Point d’élucubration. Fred Denise nous livre crument ce qu’il traverse, ce qu’il voit. Ce qu’il entend. Ce qu’il ressent. Ce qu’il vit. C’est un album très personnel que vous posez entre vos oreilles. Confectionné avec une sincérité qui agrippe. Tissé des liens sensibles qui nous unissent en tant qu’humains. Un album qui ébranle derrière son apparente simplicité.

Un album qui illustre pleinement la phrase d’Oscar Wilde “Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles.”.

Voilà ce que vous offre Fred Denise.

Pour découvrir “Otherside” : https://freddenise.bandcamp.com/album/otherside-3

JE MARCHE SEUL, ALLEZ VIENS

C’est l’histoire d’un mec.

Alors oui. Mais non. Le mec dont je parle ne s’appelle pas Gérard. C’est Fred. Denise. Pas non plus celle à qui vous pensez. La mère. Non. FRED DENISE.

Fred Denise. Voilà le gars dont voilà (un bout) d’histoire (parce que bon, je suis pas son biographe non plus).

Né à Rouen chez les Vikings (oui, je sais, pas vraiment. Mais si je suis pas biographe, je suis pas historien non plus) (ou généticien), le petit (à l’époque) Fred entra dans la Vie tel un punk dans un bar glauque du port de Buenos Aires en poussant un “cri anormal”. Dixit son médecin accoucheur. C’est pas banal. Et ça pose son bonhomme.

Parti sur ces excellentes bases, le petit Fred décida de grandir. Comme tout le monde me direz-vous (même les nains grandissent) (si, c’est vrai). Mais sa particularité à lui fut qu’il se greffa une guitare. Il l’amenait partout. Ou elle le suivait partout. L’histoire reste discrète sur ce point précis. Et ce ne sont pas les douaniers de l’aéroport de Tel-Aviv qui nous apporteront une éclaircie, eux qui pensaient avoir à faire à une mitraillette. Alors, oui. Fred a très tôt perçu la musique comme une arme. Pas une qui tue, comme cette mitraillette fantasmée. Plutôt une qui éveille les conscience. À la manière d’un stylo. Ou d’un clavier (si je veux coller à mon temps). Bien qu’ayant été biberonné à Abba, Mike Brandt ou Joe Dassin pour ne citer qu’eux, Fred Denise s’est aussi confronté très tôt à Hendrix, aux Stones, puis à des Metallica, Noir Désir, Silmarils jusqu’à pousser le plaisir vers des Rachid Taha, Brassens, La Tordue. Le raï un peu. Le reggae beaucoup. Le punk très beaucoup (le premier qui me dit que c’est pas français, je lui fais chanter le Bescherelle 10 fois). Et tout naturellement, avec toutes ces influences s’entrechoquant dans ses vibrations, Fred devint un Mano Soliste convaincu et assumé. Mano Solo (dont est issu le titre de cet article) (ceux qui pensaient que je m’étais inspiré d’un certain Jean-Jacques, je vous mets un zéro pointé) (et je vous refais chanter le Bescherelle 10 autres fois), Mano Solo donc, qui entre ses albums solos (mouhahaha) (elle était facile) avait trouvé le temps d’enregistrer un superbe album à l’énergie et la sonorité punk avec son groupe des Frères Misères.

L’énergie punk. Quesaco ?

Car oui. On parle là d’un mec, Fred (c’est de Fred dont je parle) (plus de Mano) (encore moins de Jean-Jacques), qui ne va pas vous faire pogoter. Vous pouvez vous calmer de suite. Fred, c’est le croisement de toutes ces influences. C’est l’enfant naturel de Georges (le guitariste à la grosse moustache) et de Mano (LE Solo). C’est une épure musicale, guitare-voix. Agrémentée par touches étoilées d’un violoncelle. Empreinte de textes forts et ciselés évoquant les affres de nos vies maudites.

Cependant, comme toute épure, ça n’a pas été si simple. Fred ne s’est pas réveillé un jour seul face à sa guitare, toute greffée qu’elle était. Il a tenté. Pas le diable. Mais peut-être pas loin. Il a tenté. De créer des groupes. À plusieurs. À deux (oui, je sais, ça s’appelle un duo). Ainsi naquirent les finalement éphémères Otherside du côté de Rouen. Courte histoire pour ce groupe qui laissa tout de même le temps à Fred Denise d’embarquer par erreur l’ampli de Dominique Laboubée (oui, oui, celui des Dogs) ou d’écrire son tout premier texte qui porte le nom du groupe. Après une migration qui le vit troquer la pluie et les verts pâturages normands pour le soleil et les chocolatines toulousaines, naquirent également les Denise, groupe de reprises “un peu” (c’est Fred qui le précise lui-même) (je le crois, j’étais pas là) punk dont le nom (et donc le sien, si vous avez suivi) (enfin, le sien, le cherchez pas dans le bottin, c’est son nom d’artiste) (de toute façon il n’y a plus de bottin) punks (“ce sont les reprises des Denise qui étaient un peu punks”) (je vous fais un résumé, ça vous évite ainsi d’aller chercher mon début de phrase) et (“naquirent également les Denise et…”) les Fred’z, duo composé de deux Fred. On n’a pas dit non plus que les noms de groupe devaient absolument être originaux. Fred Denise (maintenant, vous savez) commence à voir les limites que lui imposent ses collaborations. Il est alors dans une zone de confort même s’il lui faudra encore un bout de route pour le comprendre. Une zone dans laquelle il se sent empêché.

Prise de recul oblige, il s’écarte momentanément de la scène. Devient un temps manager d’un groupe de reggae qui lui permet de mettre un pied dans les réseaux sociaux et de nouer des contacts avec des webradios notamment. En 2018, flottant sur son énergie (d’aucuns diraient “sur un coup de folie”), Fred propose à Éric de La Vraie Radio d’animer une émission “à tendance punk” comme il la présente. Et c’est un grand “oui” qui accueille la blague. Une blague qui prend le nom de “Let’s Rock avec Denise” et qui va s’étendre sur six années.

Cette émission hebdomadaire est diffusée au fil du temps sur différentes plateformes musicales. Elle permet surtout à Fred d’assouvir son penchant pour les groupes locaux auxquels il donnera la part belle. En programmant leurs morceaux, qu’ils soient auto produits ou non, à côté de groupes plus connus, il met en lumière plusieurs de ces groupes. Il fait également des rencontres déterminantes tant humainement que musicalement. Kurt137!, pilier de la scène punk toulousaine depuis les années 80 et dont il avait fait la première partie avec son duo de Fred, sont de ceux-là. Plusieurs émissions se feront en collaboration avec Pat Kore, le chanteur avec qui il noue des liens amicaux.

Arrive alors 2020 et son lot de contraintes. Si diffuser de la musique se trouve au cœur de son activité non-professionnelle, en jouer commence à fortement lui manquer. Et comme on dit d’un ancien alcoolique que “qui a bu boira”, Fred met, lui, plutôt au goût du jour “qui a joué jouera”. Plus qu’une drogue. La musique fait partie de son ADN. Il tente alors une nouvelle collab, avec Mr Alex Jah cette fois. Il quitte le tout électrique pour s’aventurer dans l’électro. C’est le morceau “Mass Murderer Dance” qui prend corps (on peut le retrouver sur son Bandcamp) (je vous donne le lien en fin d’article) (car on y trouve bien sûr aussi son album) (tout frais tout beau qui vient juste de sortir) (et dont je fais une chronique dans un autre article).

Ça le démange. (Jouer de la musique) (je parle pas des punaises de lit).

Il s’adonne alors à sa dernière tentative en date de se produire à plusieurs. Mais la vie a vite fait de renvoyer les Denise and The Gents là où ils étaient avant de commencer. Quelques problèmes de santé plus tard, Fred Denise prend conscience que s’il veut faire ce qu’il aime, il ne va devoir compter que sur lui-même. Sur scène et dans l’écriture en tout cas. Car ce sont bien des rencontres, toujours et encore, qui vont lui permettre de prendre son élan. Kurt137! et Pat Kore, toujours, comme une seconde peau. Mais aussi Lise Cabaret, chanteuse parisienne, qui lui montre qu’un set acoustique est parfaitement viable. C’est aussi Piero Quintana, avec son set solo-guitare-musique électro Quintana Dead Blues eXperience, qui lui fait prendre conscience qu’il “sera le seul à bien jouer ses propres compositions comme lui-même les entend”. C’est enfin les encouragements sincères de Mistiti (ex-Bérus) ou d’Olivier des Fils de Joie (oui, ceux-là même du “La Tour Eiffel/la Tour Montparnasse/la corde ou le gaz/un problème auquel/ohohoh je réfléchis”) (le morceau des années 80 “Adieu Paris”, quoi), qui lui donne l’opportunité de faire leur première partie à Toulouse pour la release party de leur tout nouvel album. Opportunité aussi offerte par Yves, le manager de Kurt137! qui l’invite à ce fameux concert d’artistes solos (sans Mano), le Fest’Yves, auquel participent les Lise Cabaret, Mistiti et autre Quintana.

Fred Denise avec entre autre sa seconde peau Kurt137!

Nous sommes fin 2023.

Il est temps.

Fred Denise se lance dans le grand bain : il décide de composer et d’enregistrer un album en…solo.

Il reprend alors plusieurs de ses textes écrits au fur et à mesure de l’histoire que je viens de vous conter. Dont naturellement le tout premier, “Otherside”. Qu’il va doublement adapter. Une version voix-guitare-violoncelle. Et une version juste voix-violoncelle telle qu’elle lui trottait dans la tête depuis toutes ces années. Il fait la rencontre de Caroline avec laquelle “ça matche” de suite. Telle une télépathe, elle saisit ce qui se joue dans la tête de Fred et le retranscrit via son instrument. Un passage en studio plus tard, et voilà le tout premier sept titres de cet artiste profondément touchant et sincère prêt à déferler sur le monde comme il le fait d’ores et déjà sur plusieurs webradios et autres plateformes de streaming musical.

https://freddenise.bandcamp.com/album/otherside-3

Pour le reste, pour l’avenir, mon rôle s’arrête là. C’est Fred qui va l’écrire.

“Cet album, il n’est pas parfait. Mais il me ressemble finalement, c’est celui que je voulais faire. L’avantage et l’inconvénient d’être seul , c’est que je n’ai pas de limite, je fais ce que je veux et comme je le veux. Je ne fais des concessions artistiques qu’avec moi-même. J’ai toujours raison à la fin ! Cette liberté est un inconvénient aussi car à plusieurs la limite – nécessaire, il faut savoir s’arrêter à un moment donné – est plus facile à trouver.”

Fred ne répondait pas là à ma question habituelle de fin d’interview : “pour toi, c’est quoi être punk ?”. Il y répond pourtant à merveille.

Corinne Rousseau / “Peau Aime” ou l’instinct de Vie.

“Peau Aime”, spectacle vivant.

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Un écrit peut être beau. Fort. Profond. Bref, un écrit est couché sur un papier comme un enfant dort tranquillement dans le ventre de sa mère. Une personne le lit et il s’agite. Dans la tête, le coeur ou la peau du lecteur. Qui frémit.

Puis l’écrit se rendort. Une fois le livre fermé.

Tel l’enfant dont on n’a plus qu’une résonance une fois l’échographie passée.

Un écrit peut être lu par de multiples yeux. Par des milliers. Parfois des millions. On en parle. On se le discute. On s’échange ce frémissement. On le dissèque même, pour quelques uns d’entre eux. Les plus chanceux ?

Et puis il y a “Peau Aime”. Patrick Deletrez. Et Corinne Rousseau. Tout ça dans le désordre. Dans le chamboulement que ce spectacle de “jardin” provoque en soi. En nous. Corinne a saisi des textes de Patrick et leur donne vie. Patrick, l’auteur. Le père. Corinne, la mère. Qui porte ces écrits. Avec ses yeux d’abord. Avec son sourire. Ensuite. Elle les porte comme elle porte son accordéon. Comme elle porte son être. Elle les porte avec son être. Et les accouche après les avoir dorlotés. Choyés. Emotionnés. Et nous les dépose en pleine face.

 

“Je dis…le Silence.”

Tout commence là. Dans le bruit du rien. Plus fécond que le tumulte du tout. Dans ce vide, pourtant, c’est le contraire du nihilisme qui se meut. Qui s’émeut. C’est la Vie. C’est la plongée dans la profondeur de l’âme humaine. C’est la “violence du calme”, pour détourner le très beau titre du livre de Viviane Forrester. Le calme de l’être enfoui en chacun-e de nous. Le calme des textes de Patrick Deletrez lorsque son site web n’est pas activé.

 

“Je dis le Silence.”

Et Corinne Rousseau s’élance. Agrippe les mots du père pour les faire siens. Les chante. Les parle. Les joue. Les transporte et les transcende. A coups de notes. A coups de regard. A coups de mise en scène. A coups de cris même. Ces mots deviennent ses mots. Ils étaient et sont. Et son. Son intrusion dans notre silence. Nous attrape. Par l’ouïe. La vue. Par le cerveau. Puis par le “touché”. Par le coeur. La force des mots de Patrick devient la puissance de Corinne. Devient notre chambardement. Devient émotion. Emoi. Frissons.

 

Corinne Rousseau est la mère.

Elle donne Vie.

Son spectacle n’est pas seulement un “spectacle vivant”. Son spectacle EST vivant. Et à l’image du bébé qui pousse ses premiers cris, l’humanité entière peut s’identifier à “Peau aime” : c’est à nous, à vous, à toi, à moi, que Corinne Rousseau donne en fait naissance.

 

Alors que j’ai découvert Corinne et son spectacle dans une guinguette, en bords de Garonne, les images qui illustrent cet article ont été prises à Lamothe-Landerron, au local Sans Crier Gare, fourni à Corinne par l’association culturelle, sociale et éducative La Petite Populaire dans le cadre d’une résidence permettant à l’artiste de confronter son spectacle à une scène fermée et d’y travailler le son et la lumière. Ce travail a été effectué en collaboration avec Vincent Castaño. Avec également, à l’accompagnement à la mise en scène sur tout l’ensemble de “Peau Aime” Lalao Pham Van Xua.

 

A la rencontre de Corinne Rousseau.

 

“L’instinct de mort”, écrivait Jacques Mesrine en 1977, faisant de ce cri du coeur et du corps le titre de son autobiographie. Mesrine avait une certitude vissée au creux de ses tripes : celle de mourir violemment et prochainement.

L’instinct de Vie est un autre cri du corps et du coeur. Celui de Corinne Rousseau. Celui, non pas d’un livre, mais d’une trajectoire. Celle d’une fan des Rageous Gratoons ou de LaReplik qui très tôt a plongé dans le spectacle vivant. Celui du cirque et celui du théâtre et de la rue.

En 2003, elle intègre le spectacle “Le manège à mémoire” de Cabadzi, qui est alors une compagnie de nouveau cirque. Dans ce théâtre d’ombres et de musique, elle incarne un clown et participe à la tournée.

“J’avais envie de faire un spectacle depuis longtemps, mais je ne me le permettais pas.”

Bien que son prof de théâtre de l’époque, Jean-Louis Gonfalone (également auteur et metteur en scène) lui confirme qu’elle a tout pour être comédienne, elle ne se fait pas confiance et part vivre de métiers divers, se confrontant à l’usine, au maraîchage. Puis, plus tard, aide-soignante et enfin masseuse Tui Na.

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Parallèlement, pourtant, elle conserve coûte que coûte un pied dans tout ce qui touche à l’art vivant, la musique principalement. Entre différentes animations, en EHPAD notamment où elle monte une chorale, elle se fait bookeuse pour plusieurs groupes. Spectatrice assidue de tout ce qui est représentation artistique, elle finit par tomber, lors du festival Comment Dire à Targon, sur les textes de Patrick Deletrez, plasticien basé à Uzeste. Les Nuls, par la voix de Valérie Lemercier, aurait dit “banco !”. Corinne s’est “contentée” d’un “Hey ! j’en monterai un spectacle ! “ en se plantant devant l’auteur des textes de façon très spontanée.

“Ce sont les textes de Patrick Deletrez qui m’ont fait franchir le cap pour monter un spectacle. C’est par celui-là qu’il fallait que je commence.”

“Parce que, parallèlement à ma vie professionnelle, je reprenais mon accordéon, je rejouais, je composais des trucs, en mode privé. Et puis j’ai rencontré Simon (Bernard, comédien au sein de la Compagnie Sons de Toile, et musicien dans les groupes Araucane, Glönk et Cri Primate), mon compagnon, et Lalao (Pham Van Xua, danseuse et comédienne, membre également de la compagnie Sons de Toile). J’étais entourée de personnes dans l’artistique et le théâtre, et tout ça fait que j’ai créé “Peau aime”.”

Corinne se lance alors avec au départ un musicien, Pierre Thibaud. Ce duo batterie/accordéon constitue la première mouture du spectacle. Les textes sont lus plutôt que chantés mais Pierre la pousse à composer et à chanter. Puis le duo laisse place à un Seule en Scène.

“Pierre est un super musicien, un très bon musicien, mais on n’avait pas le même intérêt aux textes et je sentais qu’il fallait que je m’affranchisse et que je le fasse pour moi et selon moi. C’était nécessaire pour me sentir légitime.”

Cette décision conduit alors Corinne à repenser son spectacle tout en s’entourant des compétences nécessaires.

“On le jouait, avec Pierre, comme un concert, les morceaux les uns après les autres. Et puis, quand j’ai commencé toute seule, j’ai vite demandé de l’aide à Lalao qui a accepté. Je me suis rendue compte que quand je travaillais le spectacle en amont, avec Pierre, c’est-à-dire quand je faisais mes répètes avant qu’on se retrouve tous les deux, j’avais déjà créé des mises en scène que j’ai refaites devant Lalao. Elle a prit ce que j’avais et on a travaillé dessus. Ce travail de mise en scène, de regard extérieur, de distance avec le spectacle est super important, ça me permet de rester sur l’essence de ce spectacle, les textes. Ce qui est dit dans ces textes et la manière dont je les dis. C’est pas un concert.”

Après un gros travail de répétition à la Maison de Bieujac, café social et culturel géré par l’asso Encore Des Tiroirs Cachés, “Peau Aime” peut alors prendre son envol. Fusion totale de textes introspectifs, de mélodies à l’accordéon et concertina, de chant, de travail de comédienne, cette dramaturgie apparaît aux yeux du public une dizaine de fois depuis un an, passant d’un jardin à une guinguette avec des crochets sur la scène de différentes salles. Longtemps retenues, les envies de Corinne prennent enfin le dessus.

“Je commence à m’amuser pleinement !”

L’instinct de Vie. Ce cri du coeur et du corps. Qui met Corinne Rousseau à sa place, malgré les errements et les aléas. Ce cri. Primal. Pulsion de Vie.

 

C’est quoi ton truc avec l’accordéon ?

 

Le moment “C’est quoi un punk ?”

“Pour moi, être punk, c’est aller au bout de ses convictions. Donc on peut être punk de différentes manières. C’est au-delà de l’aspect musical, bien qu’il y ait ce truc là au départ. Mais pour moi c’est cet aspect…quelqu’un, même si on le regarde mal, il va au bout de ses convictions et s’en fout du jugement.”