En 1982, Gogol 1er et sa Horde sortaient le titre “J’encule” qui, bizarrement, est peu passé, alors et depuis, sur les ondes, télévisuelles comme radiophoniques. Pourtant, ce mot vulgaire selon le Robert, est un mot polysémique. C’est-à-dire qu’il a plusieurs sens. Plusieurs contenus. Vulgaire, donc, pour certains, et donc bien souvent utilisé comme une insulte, il est aussi une pratique sexuelle plus vieille que l’Humanité (je parle pas du journal, enculé). Quand il n’est pas une simple virgule orale (je ne parle pas là de pratique sexuelle, oh enculé) dans certains coins du Sud-Ouest. Toulouse, justement ! Parlons-en de Toulouse et des Toulousains, enculé. Car c’est de la ville rose que nous vient un tout nouveau projet (celui dont je suis en train d’écrire, enculé) : KÜLÉ. Groupe autant que projet initié par Yoan Bresson, ex-batteur et co-fondateur des Brassen’s Not Dead. Qui déjà reprenaient le répertoire du Grand Georges afin de l’assaisonner à la sauce punk. Pourquoi “déjà” ? Parce que le titre “Allez s’faire enculer” que vous pouvez écouter sur youtube (lien ci-dessous), pour l’instant, n’est rien moins qu’un titre chanté par le moustachu de Sète. Chanté, mais jamais enregistré. Par lui en tout cas. Car il le fut (pas de bière, enculé) par son auteur, Jean Bertola, en 1985.
Mais qui diable est ce Jeannot, enculé ??? Ni plus ni moins que l’un des proches de Brassens ainsi que l’un de ses paroliers. Dont le texte de ce morceau précis.
Yo Bresson a donc bougé tout ce que Toulouse et sa région contiennent de musiciens afin de nous offrir un reboot du titre “Allez s’faire enculer” doublé d’une vidéo jouissive. Enculé. On y retrouve pêle-mêle Pierrot Sapu (ex-Garçons Bouchers et BB Doc), La Maggy, Didier Wampas, Prisca et Manon, l’inénarrable Pat Kore de Kurt137!, Guillaume Boutevillain (de Opium du Peuple ou Les Idiots) et même l’idole plus que locale Hakim Amokrane, de Zebda. Une plus belle liste d’invités pour un tel titre, c’était pas possible, enculé.
Pour réussir à produire tout ça, outre les musiciens, il s’est associé au réalisateur de documentaires Yan Grill (“Être avec les abeilles” ou “L’ortie, fée de la résistance”) auquel il a confié naturellement la réalisation du clip ci-dessus. Puis il a utilisé une plateforme participative, pour le financement, qui a plutôt bien marché, enculé, au vu de tous les contributeurs et trices que l’on retrouve à la fin du clip. Une fin qui nous offre d’ailleurs un beau panel de “enculé !”, dits, criés, hurlés, murmurés, gémis sur tous les tons. Un peu à la façon du “Hilh de Puta” de Piroulet, pour ceusse d’entre vous qui connaissent ce comique gascon des années 70, enculé. Et que je vous propose d’écouter ici dans la version de Jean-Claude Coudouy.
Plateforme participative qu’il relance (non, parce que je suis quand même là pour vous parler de Külé et de Yo Bresson, enculé) (pas pour vous initier à la culture gasconne) (même si ça me titille quand même, hilh de puta). Plateforme participative, donc, en forme de bis repetita afin cette fois de passer du clip au maxi vinyle. Oui. Vous comprenez bien. Yo Bresson fait tout à l’envers. Enculé. Nouveau projet qui devrait voir le jour en fin d’année avec en plus un nouveau titre-reprise de l’anarchiste de Sète. Et pour cela, il compte sur vous. Sur nous. Alors je vous invite à aller déposer votre écot sur le lien suivant, enculé :
Vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire. Dans le désordre, aller déposer des sous sur cotizup pour pouvoir écouter ce titre régénérant ailleurs que sur youtube. Mettre un pouce de Schtroumpf sur la vidéo du futur vinyle (à l’envers, je vous ai dit). Partager et repartager la dite vidéo afin de faire un max de pub à ces joyeuses productions. Et surtout, surtout…
Quelques accords grattés à la guitare installent une tension. Sourde. Qui plane au-dessus. Tout autour. En dedans. Qui nous saisit. Le chant rythmé de Fred Denise introduit alors “Sista Porn”, cette menace glaciale qui fond sur nous et va tout emporter sur son passage, en une allégorie du covid19. Jusqu’à nous entraîner dans cette “Mass Murder Dance”, titre du premier morceau du tout premier, lui aussi, album de l’artiste normando-toulousain. La guitare épouse alors cette frénésie. L’ambiance est posée. L’écoute de cet opus basé sur le duo guitare-voix ne va pas se faire à la légère. On est pris. Dès les premières notes. Dès les premiers mots chantés.
Surgit alors le violoncelle de Caroline Menrath, acolyte de Fred sur le morceau éponyme “Otherside”, qui vient apaiser la tension installée. Et nous plonger entièrement dans l’univers de l’artiste. Un univers absolument pas parallèle. Un univers bien ancré dans nos préoccupations bien humaines. Dans nos travers. Comme dans nos attentes. Dans nos espoirs. Comme dans notre folie. Dans nos désirs. Comme dans nos rêves. Les plus fous.
Ce deuxième morceau, tout premier texte écrit par Fred Denise à la fin des années 90, plante en effet un décor plus intimiste. Grâce bien sûr à ces notes de violoncelle mais aussi par son texte. Balade sensible qui narre une attente vers une vie meilleure. Un autre côté qui ne peut être que mieux. C’est la promesse de cette musique, que l’on retrouve à la fin de l’album, en version violoncelle-voix cette fois. Telle que Fred Denise l’entendait dans sa tête depuis toutes ces années. Telle aussi une clôture tout en délicatesse alors que l’on quitte l’écoute de cette œuvre pour se replonger dans notre propre univers. Étrangement semblable à celui que nous invite à parcourir Fred Denise.
Heureusement, la guitare toujours simple et directe s’accorde à merveille à la voix chaude de Denise. Il en ressort alors une impression de réconfort malgré la dureté de certains morceaux.
” je suis venu te voir aujourd’hui/t’étais déjà parti/pourquoi comment on passe de l’autre côté du miroir/la peur, la douleur, les pleurs/le désespoir/je sais qu’on meurt aussi à l’intérieur/de trop y voir”
Ce dernier couplet du morceau “Folie” imprime le ton de ce sept titres. Alors que le texte aborde le thème de la schizophrénie, Fred Denise le fait tout en élégance et en humanité. Car il sait de quoi il chante. Lui qui a beaucoup côtoyé de schizophrènes et leur indicible souffrance.
Voilà ce qui fait le corps de cet album. Ici, point de récit fantasmé. Point d’élucubration. Fred Denise nous livre crument ce qu’il traverse, ce qu’il voit. Ce qu’il entend. Ce qu’il ressent. Ce qu’il vit. C’est un album très personnel que vous posez entre vos oreilles. Confectionné avec une sincérité qui agrippe. Tissé des liens sensibles qui nous unissent en tant qu’humains. Un album qui ébranle derrière son apparente simplicité.
Un album qui illustre pleinement la phrase d’Oscar Wilde “Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles.”.
Alors oui. Mais non. Le mec dont je parle ne s’appelle pas Gérard. C’est Fred. Denise. Pas non plus celle à qui vous pensez. La mère. Non. FRED DENISE.
Fred Denise. Voilà le gars dont voilà (un bout) d’histoire (parce que bon, je suis pas son biographe non plus).
Né à Rouen chez les Vikings (oui, je sais, pas vraiment. Mais si je suis pas biographe, je suis pas historien non plus) (ou généticien), le petit (à l’époque) Fred entra dans la Vie tel un punk dans un bar glauque du port de Buenos Aires en poussant un “cri anormal”. Dixit son médecin accoucheur. C’est pas banal. Et ça pose son bonhomme.
Parti sur ces excellentes bases, le petit Fred décida de grandir. Comme tout le monde me direz-vous (même les nains grandissent) (si, c’est vrai). Mais sa particularité à lui fut qu’il se greffa une guitare. Il l’amenait partout. Ou elle le suivait partout. L’histoire reste discrète sur ce point précis. Et ce ne sont pas les douaniers de l’aéroport de Tel-Aviv qui nous apporteront une éclaircie, eux qui pensaient avoir à faire à une mitraillette. Alors, oui. Fred a très tôt perçu la musique comme une arme. Pas une qui tue, comme cette mitraillette fantasmée. Plutôt une qui éveille les conscience. À la manière d’un stylo. Ou d’un clavier (si je veux coller à mon temps). Bien qu’ayant été biberonné à Abba, Mike Brandt ou Joe Dassin pour ne citer qu’eux, Fred Denise s’est aussi confronté très tôt à Hendrix, aux Stones, puis à des Metallica, Noir Désir, Silmarils jusqu’à pousser le plaisir vers des Rachid Taha, Brassens, La Tordue. Le raï un peu. Le reggae beaucoup. Le punk très beaucoup (le premier qui me dit que c’est pas français, je lui fais chanter le Bescherelle 10 fois). Et tout naturellement, avec toutes ces influences s’entrechoquant dans ses vibrations, Fred devint un Mano Soliste convaincu et assumé. Mano Solo (dont est issu le titre de cet article) (ceux qui pensaient que je m’étais inspiré d’un certain Jean-Jacques, je vous mets un zéro pointé) (et je vous refais chanter le Bescherelle 10 autres fois), Mano Solo donc, qui entre ses albums solos (mouhahaha) (elle était facile) avait trouvé le temps d’enregistrer un superbe album à l’énergie et la sonorité punk avec son groupe des Frères Misères.
L’énergie punk. Quesaco ?
Car oui. On parle là d’un mec, Fred (c’est de Fred dont je parle) (plus de Mano) (encore moins de Jean-Jacques), qui ne va pas vous faire pogoter. Vous pouvez vous calmer de suite. Fred, c’est le croisement de toutes ces influences. C’est l’enfant naturel de Georges (le guitariste à la grosse moustache) et de Mano (LE Solo). C’est une épure musicale, guitare-voix. Agrémentée par touches étoilées d’un violoncelle. Empreinte de textes forts et ciselés évoquant les affres de nos vies maudites.
Cependant, comme toute épure, ça n’a pas été si simple. Fred ne s’est pas réveillé un jour seul face à sa guitare, toute greffée qu’elle était. Il a tenté. Pas le diable. Mais peut-être pas loin. Il a tenté. De créer des groupes. À plusieurs. À deux (oui, je sais, ça s’appelle un duo). Ainsi naquirent les finalement éphémères Otherside du côté de Rouen. Courte histoire pour ce groupe qui laissa tout de même le temps à Fred Denise d’embarquer par erreur l’ampli de Dominique Laboubée (oui, oui, celui des Dogs) ou d’écrire son tout premier texte qui porte le nom du groupe. Après une migration qui le vit troquer la pluie et les verts pâturages normands pour le soleil et les chocolatines toulousaines, naquirent également les Denise, groupe de reprises “un peu” (c’est Fred qui le précise lui-même) (je le crois, j’étais pas là) punk dont le nom (et donc le sien, si vous avez suivi) (enfin, le sien, le cherchez pas dans le bottin, c’est son nom d’artiste) (de toute façon il n’y a plus de bottin) punks (“ce sont les reprises des Denise qui étaient un peu punks”) (je vous fais un résumé, ça vous évite ainsi d’aller chercher mon début de phrase) et (“naquirent également les Denise et…”) les Fred’z, duo composé de deux Fred. On n’a pas dit non plus que les noms de groupe devaient absolument être originaux. Fred Denise (maintenant, vous savez) commence à voir les limites que lui imposent ses collaborations. Il est alors dans une zone de confort même s’il lui faudra encore un bout de route pour le comprendre. Une zone dans laquelle il se sent empêché.
Prise de recul oblige, il s’écarte momentanément de la scène. Devient un temps manager d’un groupe de reggae qui lui permet de mettre un pied dans les réseaux sociaux et de nouer des contacts avec des webradios notamment. En 2018, flottant sur son énergie (d’aucuns diraient “sur un coup de folie”), Fred propose à Éric de La Vraie Radio d’animer une émission “à tendance punk” comme il la présente. Et c’est un grand “oui” qui accueille la blague. Une blague qui prend le nom de “Let’s Rock avec Denise” et qui va s’étendre sur six années.
Cette émission hebdomadaire est diffusée au fil du temps sur différentes plateformes musicales. Elle permet surtout à Fred d’assouvir son penchant pour les groupes locaux auxquels il donnera la part belle. En programmant leurs morceaux, qu’ils soient auto produits ou non, à côté de groupes plus connus, il met en lumière plusieurs de ces groupes. Il fait également des rencontres déterminantes tant humainement que musicalement. Kurt137!, pilier de la scène punk toulousaine depuis les années 80 et dont il avait fait la première partie avec son duo de Fred, sont de ceux-là. Plusieurs émissions se feront en collaboration avec Pat Kore, le chanteur avec qui il noue des liens amicaux.
Arrive alors 2020 et son lot de contraintes. Si diffuser de la musique se trouve au cœur de son activité non-professionnelle, en jouer commence à fortement lui manquer. Et comme on dit d’un ancien alcoolique que “qui a bu boira”, Fred met, lui, plutôt au goût du jour “qui a joué jouera”. Plus qu’une drogue. La musique fait partie de son ADN. Il tente alors une nouvelle collab, avec Mr Alex Jah cette fois. Il quitte le tout électrique pour s’aventurer dans l’électro. C’est le morceau “Mass Murderer Dance” qui prend corps (on peut le retrouver sur son Bandcamp) (je vous donne le lien en fin d’article) (car on y trouve bien sûr aussi son album) (tout frais tout beau qui vient juste de sortir) (et dont je fais une chronique dans un autre article).
Ça le démange. (Jouer de la musique) (je parle pas des punaises de lit).
Il s’adonne alors à sa dernière tentative en date de se produire à plusieurs. Mais la vie a vite fait de renvoyer les Denise and The Gents là où ils étaient avant de commencer. Quelques problèmes de santé plus tard, Fred Denise prend conscience que s’il veut faire ce qu’il aime, il ne va devoir compter que sur lui-même. Sur scène et dans l’écriture en tout cas. Car ce sont bien des rencontres, toujours et encore, qui vont lui permettre de prendre son élan. Kurt137! et Pat Kore, toujours, comme une seconde peau. Mais aussi Lise Cabaret, chanteuse parisienne, qui lui montre qu’un set acoustique est parfaitement viable. C’est aussi Piero Quintana, avec son set solo-guitare-musique électro Quintana Dead Blues eXperience, qui lui fait prendre conscience qu’il “sera le seul à bien jouer ses propres compositions comme lui-même les entend”. C’est enfin les encouragements sincères de Mistiti (ex-Bérus) ou d’Olivier des Fils de Joie (oui, ceux-là même du “La Tour Eiffel/la Tour Montparnasse/la corde ou le gaz/un problème auquel/ohohoh je réfléchis”) (le morceau des années 80 “Adieu Paris”, quoi), qui lui donne l’opportunité de faire leur première partie à Toulouse pour la release party de leur tout nouvel album. Opportunité aussi offerte par Yves, le manager de Kurt137! qui l’invite à ce fameux concert d’artistes solos (sans Mano), le Fest’Yves, auquel participent les Lise Cabaret, Mistiti et autre Quintana.
Fred Denise avec entre autre sa seconde peau Kurt137!
Nous sommes fin 2023.
Il est temps.
Fred Denise se lance dans le grand bain : il décide de composer et d’enregistrer un album en…solo.
Il reprend alors plusieurs de ses textes écrits au fur et à mesure de l’histoire que je viens de vous conter. Dont naturellement le tout premier, “Otherside”. Qu’il va doublement adapter. Une version voix-guitare-violoncelle. Et une version juste voix-violoncelle telle qu’elle lui trottait dans la tête depuis toutes ces années. Il fait la rencontre de Caroline avec laquelle “ça matche” de suite. Telle une télépathe, elle saisit ce qui se joue dans la tête de Fred et le retranscrit via son instrument. Un passage en studio plus tard, et voilà le tout premier sept titres de cet artiste profondément touchant et sincère prêt à déferler sur le monde comme il le fait d’ores et déjà sur plusieurs webradios et autres plateformes de streaming musical.
Pour le reste, pour l’avenir, mon rôle s’arrête là. C’est Fred qui va l’écrire.
“Cet album, il n’est pas parfait. Mais il me ressemble finalement, c’est celui que je voulais faire. L’avantage et l’inconvénient d’être seul , c’est que je n’ai pas de limite, je fais ce que je veux et comme je le veux. Je ne fais des concessions artistiques qu’avec moi-même. J’ai toujours raison à la fin ! Cette liberté est un inconvénient aussi car à plusieurs la limite – nécessaire, il faut savoir s’arrêter à un moment donné – est plus facile à trouver.”
Fred ne répondait pas là à ma question habituelle de fin d’interview : “pour toi, c’est quoi être punk ?”. Il y répond pourtant à merveille.
Le premier album officiel du groupe Schlag vient donc de sortir. Pressé sur un support vinyle, orange marbré s’il-vous-plaît, ce premier enregistrement studio est un vrai choc. Par sa pochette coup de poing (américain), par l’originalité et la beauté (avouons-le) de l’objet en lui-même. Et bien sûr, et c’est quand même le principal, par son contenu. 15 titres denses, 13 originaux et 2 reprises, qui ont été enregistrés dans un esprit live. Oui, cet album est bien un enregistrement studio. Et oui aussi l’énergie qui s’en dégage est bien celle que l’on retrouve à chacun des concerts du groupe. “Un groupe est vivant quand il est sur scène”, dixit Papy. Alors même en studio, Schlag ne pouvait que rechercher cette énergie qui est le moteur du groupe et la retranscrire telle quelle. Peu d’espace entre chaque morceau dont on a l’impression qu’ils s’enchaînent aussi vite que sur scène, sans même avoir la place de s’en jeter une petite, histoire de respirer. Et de respiration, justement, il ne faut pas en attendre puisque la première intervient à la fin du morceau “Indépendance” qui se trouve lui-même en queue de disque.
Alors, lorsque l’on découvre un nouveau vinyle, et contrairement aux enregistrements dématérialisés, il y a un ordre, un chemin, présenté par les artistes dans le choix d’apparition des morceaux. Et sur “A.C.A.B.”, ce choix raconte une histoire. Raconte le contenu des textes de cet album et où Schlag nous mène. De “Guet-apens social” qui ouvre le bal à “Indépendance” qui le clôt (je ne prends pas ici en compte les deux reprises qui ferment chaque face du disque), il y a une évolution puisque d’un constat général sur la face A, on passe à l’action sur la face B. Des “patrons voyous” ou du “Respect”, on passe à une “Solide anarchie” “Dans la rue”. Tout cela n’est pas anodin tant les textes chantés par Popo sont d’une importance capitale en ces temps de multiplication de la pensée fasciste.
C’est donc peu de dire que les textes de Schlag sont engagés. Certains résonnent même comme des “hymnes” punks, comme pouvaient l’être certains titres des Bérus, pour les plus vieux d’entre vous qui ont connu cette époque ou des milliers de jeunes scandaient “la jeunesse emmerde le front national”. Et je me prends à rêver, pour certains morceaux, d’une destinée à la Bérus ou à la Marjinal pour être plus dans l’ère du temps. Marjinal est un groupe punk indonésien (que je vous invite à découvrir) dont l’un des titres, “Buruh tani”, a été repris par la foule lors des grandes manifestations anticapitalistes que l’Indonésie a connu il y a 2 ans.
Alors vous allez penser que je m’égare. Que tchi. Marjinal est un groupe anarchiste et est en cela proche de Schlag. On ne chante pas “solidarité, solide anarchie” par hasard. Alors oui, dans mon imagination de petit agité, je me prends à rêver d’un Black Bloc s’élançant vers un cordon de keufs en chantant gaiement “notre indépendance se gagnera par la violence et notre liberté, va falloir aller la chercher”. Avouez. Ca aurait de la gueule, non ? Car ne vous y trompez pas. La galette orange marbrée qui tourne sur votre platine n’est pas une galette sucrée mais protéinée. Très protéinée. Loin de l’abattement que certains ressentent face à la merde sociale dans laquelle on vit, chaque chanson, chaque mot de ce vinyle booste et pousse à l’affrontement frontal avec ceux que l’on préfèrerait voir éparpillés façon confetti que debout dans nos quartiers.
Et c’est là la grande réussite de “A.C.A.B.” : lier le côté brut des textes à l’énergie d’un live. Cette énergie moteur pour le groupe l’est aussi, en feedback, pour le public que nous sommes. Que ce soit dans la fosse ou dans notre salon. Retrouver intact l’énergie irrépressible d’un pogo bien calé dans son canapé est un bonheur sans nom. Un bonheur coup de poing. Même si faut faire gaffe à son mobilier car on ne peut rester très longtemps assis à l’écoute de la musique de Schlag. C’est rapide. C’est rythmé. C’est bruyant. C’est violent. C’est de la bonne cam, quoi.
Et ce n’est qu’un début. Car si cette production n’est tirée en l’état qu’à 500 exemplaires, un deuxième album est déjà en préparation pour une sortie prévue en février 2023. Deux albums en un an, c’est le pari de Schlag qui est resté plus de 15 ans sans rien presser. Et pour ceux qui n’ont ni platine, ni le bonheur d’être dans les 500 plus rapides, Schlag, en plus des concerts à venir, a tout prévu avec une mise à disposition gratuite de cet album en streaming. Les liens étant facilement trouvables sur leur page facebook (je vais pas non plus tout vous faire, hein) (et puis ça vous permettra de vous abonner à leur page si ce n’est déjà fait) (non, mais).
Allez, je vous laisse vous préparer au prochain concert. Ou à la prochaine manif.
ACTE de Barbarie – Acte de barbarie (en répétition)
J’ai failli me gratter la tête pour trouver un titre à cet article. Et puis un vieil adage s’est imposé à moi : la fainéantise est une forme d’intelligence. Le titre se traînait sous mes yeux depuis ma première rencontre avec eux. Car le titre de mon article, ce sont les 3 comparses dont je vais parler qui le tenaient. Et pour cause ! Mon titre, c’est le nom de leur groupe.
I almost got annoyed finding a title for this article. But, as they say, being lazy is being smart. This title I was looking for in my head was stretching its letters right in front of my nose since I had met the 3 guys I’m about to talk about. So simple ! My title is the name of their band. ACTE de Barbarie which stands for “Barbarian ACT” if you have to know.
Oui. J’ai rencontré les 3 énergumènes. Et oui, je suis toujours vivant. Et entier. La précision est d’importance.
La première fois, c’était au Zik Zac à La Teste-de-Buch dans le cadre d’une de ces soirées bruyantes dont l’asso RatRöckers a le secret. Déjà, un coup de hâche dans le plexus. Mais que fout ce bananeux avec ces deux crêteux ? Mais c’est quoi ces textes sortis d’outre-tombe ? Mais c’est quoi cette musique sur laquelle mes membres veulent à tout prix se disloquer pour aller vivre une vie indépendante ? Il fallait que je sache. Il fallait que je creuse…
Yes. I have met the 3 misfits. And yet I’m still alive. As a whole. Which is worth to mention.
The first time was in La Teste-de-Buch (France) during one of those loud and brilliant nights organised by the RatRöckers there. A big axe struck my plexus. What was this banana hairdoer fucking doing with those 2 mohawk bearers ? What the hell were these words coming out directly from death itself ? What was this music on which each one of my limbs wanted to go and wander around living their own sweet life ? I had to know. I needed to dig more…
ACTE de Barbarie – Creuse ta tombe (Dig your grave)
Alors telles les spéléos amatrices du film The Descent, je suis descendu dans leur antre. Il faisait beau. Ca n’a l’air de rien dit comme ça mais ça enlève déjà un beau paquet d’angoisse. Même si un ciel dégagé n’est pas forcément plus rassurant depuis Hitchcock. Et puis, même si les 3 acolytes avaient rameuté du monde pour m’attendre (m’atteindre ?), dont un cadavre gisant entre amplis et cannettes vides, je me suis de suite senti à la maison.
Car ACTE de Barbarie, derrière une façade bravache, c’est de la bienveillance à l’état pur (enfin…heureusement pour moi, je ne suis ni financier, ni pédophile, ni facho ou j’aurais compris le sens de leur nom jusque dans ma chair).
Car ACTE de Barbarie, derrière un nom que seul un gars nommé Freddy peut sincèrement envier, c’est un livre d’histoires. Histoires entendues mais réelles (la légende raconte que de là vient leur nom cruel). Histoires vécues. Histoires personnelles. Ou collectives. Histoires mises en textes telles du Braille musical tant leur musique est âpre et pleine d’aspérités.
Thus as these women in The Descent I went down to their cave. It was a sunny day. Which was reassuring even though Hitchcock would prove me wrong. The 3 sidekicks had gathered friends around them to wait for me (even a straight corpse lying down in between amplifiers and empty bottles of beer. But will you believe it ? I felt home straight away !
Because ACTE de Barbarie is pure benevolence behind those trashy faces (well…trash is something you could experience wether you work in finance or you’re a pedophile a or a fascist).
Because ACTE de Barbarie is a book full of stories. Heard but true stories (an urban legend tells how they pick up their name after such a cruel barbarian act somewhere in Bordeaux…). Lived stories. Individual stories. Some even collective. Stories put in music like you write in Braille when you play nothing but harsh and rough music.
Ju. Lulu. Chicken. Car c’est d’eux dont il s’agit depuis le début. Et comme contrairement à l’autre con de Voldemort on peut prononcer leur nom sans risque, j’en profite. Chicken. Ju. Et Lulu. Ou Lulu. Chicken et Ju. Je vous vois venir. Non, je ne suis pas en train de lire les dernières aventures des neveux de Donald (le canard. Pas l’autre) après avoir gobé quelque acide qui traînait par là.
Chicken à la tronçonneuse et au hurlement. Ju au hâchoir qui claque. Et Lulu à la batteuse désosseuse.
Ju. Lulu. Chicken. These are the three guys we’re talking about since the beginning. And as they are not such assholes as Voldemor, I can say their name without any fear. And I love it ! Chicken, Ju and Lulu. Or Lulu, Chicken and Ju. No. I haven’t swallowed my last acid and then read the last adventure of Donald’s nephew (the duck. Not the other one).
Chicken is the chainsaw and scream king. Ju is the click chopper. And Lulu is the boning thresher.
Chicken Lulu Ju
ACTE de Barbarie – Pamphlet alcoolisé (en répète)
C’est donc au local de l’asso Dacapo que l’interview a lieu. Local historique s’il en est. Local autogéré et tenu à bout de bras par Lolo, batteur de Schlag, de Popo et les Branlettes ou DiD. Local qui a vu ou voit encore passer les répètes des Apaches, de Schlag, de Popo et ses Branlettes toujours, de Suicide Social, de Kapo Blöd et donc de ACTE de Barbarie. C’est dans ce lieu de l’Histoire du punk bordelais que se fabriquent les histoires et la légende des 3 Barbares.
ACTE de Barbarie est né de volontés féroces. Celle de Ju, ex-Fucking Fodes, de monter un groupe de psychopunk et d’y faire claquer sa contrebasse. Celle de Chicken, autrement membre de Suicide Social et Kapo Blöd, d’asséner des textes qui libèrent sa rage de vivre. Et enfin celle de Lulu, le circassien de la bande, toujours en mouvement, de réaliser son rêve d’enfant, forgé à coups de Straycats et de Crass.
It’s in a highly historical place I met them. A remote prefab held by Lolo who plays the drums for different bands such as Les Apaches, Popo et les Branlettes or DiD. A remote place where those bands as long as Suicide Social or Kapo Blöd are used to repeat. A whole “punk in Bordeaux” piece in these very premises. This is where they write their own story.
ACTE de Barbarie was born thanks to fierce wills. Ju’s, ex-Fucking Fodes, who wanted to give life to a psychopunk band to enable him to make his double bass click as hell. Chicken’s, who also plays for Suicide Social and Kapo Blöd, who found a way to scream out loud his lust for life. And at last Lulu’s, who is coming from the circus world, who is eventually leaving his child dream forged along with the Straycats and Crass.
ACTE de Barbarie – Pulsions meurtrières (en répète)
Cette volonté et ce désir profond de jouer ensemble transpirent dès les premières minutes où on les voit sur scène. Ils ne sont pas sur scène. Ils sont chez eux. Ils ne jouent pas. Ils crachent leur son. Ils ne chantent pas. Ils jettent leurs histoires morbides la face d’un monde qui doit alors s’en débrouiller seul. Leur musique, qui se construit à trois à partir des squelettes emmenés par Ju, pourrait être sombre. Elle est violente. Elle pourrait être chaotique. Elle est mélodique. Elle pourrait être banale. Elle est envoûtante. Elle colle à votre mémoire comme un bout de cervelle colle au mur d’un suicide réussi. Comme celui de Mike Brandt (bon, lui c’était le trottoir que sa cervelle est allée coller) auquel Chicken voue un culte secret (à Mike. Pas à son suicide. Quoique…).
Mais pour qu’il y ait suicide ou mort, il faut une vie au préalable. Et une naissance. Celle du groupe remonte à Septembre ou Octobre 2017. Avec Ju qui a initié Chicken aux délices sans fins du psycho. Ces deux-là étant rapidement rejoints par Lulu en Janvier 2018. L’Histoire est alors en marche. Et Ju peut enfin devenir le Dieu païen de ce trio iconoclaste. Mais pourquoi tant de dévotion ? Parce que Ju est non seulement le géniteur du groupe mais il en est aussi la banane et la contrebasse, deux éléments hors desquels point de salut.
This strong and deep will to play together can be felt as straight as you see them on stage. They’re actually not on stage. They are at home. They don’t play. They spit out their morbid stories at a useless world. Their music, built note by note together after Ju brought out to life the very bones of it could be dark. It is violent. It could be chaotic. It’s melodic. It could be boring. It’s haunting. It sticks to your brain as a brain sticks to every achieved suicide wall.
But in order to commit suicide, you must be alive. And born. The band was born in September or October 2017 when Ju decided to enlighten Chicken with his psycho world. Lulu will join them quickly, in January 2018. The History coud begin. And Ju could eventually become the pagan god of these three. This true devotion is due to its banana and double bass skills. Two things without which the band would be just another punk band.
Ode à Ju (ode to Ju)
ACTE de Barbarie – Goremantik (répète)
Après des débuts à 2 puis à 3, dans un squat avec une bassine en guise de caisse claire, les 3 vandales composent et démarrent les concerts en septembre suivant à l’Antidote, à Bordeaux, pour l’évènement annuel “La Rentrée des Crusts” organisé par Running Free Project, avec notamment les groupes Kylt et Aggressive Agricultor.
After this chaotic debut when they were 2 then 3, in a squat with a basin used as a snare drum, the 3 vandals start on stage in september at the Antidote in Bordeaux for the yearly Running Free Project event “La Rentrée des Crusts”, playing along with Kylt or Aggressive Agricultor.
Cette première prestation, tout comme la seconde à la Voûte, toujours à Bordeaux, sont un succès auprès du public qui vient en nombre pour remplir les salles et leur offrir de bons retours, ce qui, au-delà de la torture traditionnelle chinoise, les motive d’autant plus.
De fait, ils poursuivent alors leur route en passant par la soirée Punk’s not Dinde des RatRöckers à La Teste-de-Buch en décembre puis attaquent 2019 avec notamment un passage au KJBI de Montpellier avec leurs potes de FootB’Oi! dont le cadavre du batteur (par ailleurs chanteur de Kapo Blöd), qui gisait jusque là à nos pieds depuis le début de l’interview, se met à bouger et à se relever. Déception. Ce n’est en rien un zombie. La nuit a juste été difficile.
This first gig as well as the second one at La Voûte in Bordeaux are a success. People came to fill up the places and gave good feedbacks to the band which motivated them to go on even more than a traditional chinese torture session.
They then paved their way through the RatRöckers “Punk’s not Dinde” night in La Teste-de-Buch in December just to be fit enough to go until Montpellier and it’s KJBI along with their Oï music buddies of FootB’Oi! in the beginning of 2019. FootB’Oi! ‘s drummer (who’s also Japo Blöd lead singer) who revealed himself to be the dead corpse lying at our feet since the beginning of this inteview and who was arising not quite alive yet at this point. Disappointment ! He was no zombie at all. Just had a rough night.
ACTE de Barbarie – Pamphlet alcoolisé (live à la soirée Punk’s not Dinde)
Loin de les amener vers la dernière maison sur la gauche, la voie qui s’ouvre à eux est désormais royale. Elle va les pousser en Juin 2019 jusqu’à Bilbao pour le Northern Pyscho Fest
Far from driving them to the last house on the left, their way is now a motorway which will lead them as far as Bilbao in June 2019 for the Northern Psycho Fest.
La scène n’étant pas tout, ACTE de Barbarie a également profité du travail de Ramone Industry Productions à Peujard en Gironde pour proposer leur 6 premiers titres en accès libre à leur public à travers leur Bandcamp
Cette initiative devrait être bientôt suivie par un CD à bas prix afin que tout petit bananeux-crêteux qui se respecte puisse poser leur musique aux côtés de celles de Demented Are Go ou The Exploited dans sa cdthèque.
2019 sera donc une année barbare ou ne sera pas ! Mais ne vous réjouissez pas trop vite car “notre musique n’est pas faite pour distraire mais pour détruire” (Lulu). Vous voilà prévenus.
Stage is not the world. So the band recently released their first 6 songs in their Bandcamp thanks to Ramone Industry Productions in Peujard (in Gironde), songs that can be uploaded for free.
This should quickly be followed by a CD for everybody to put up their great music beside Demented Are Go or The Exploited ones.
2019 will be a barbarian year for sure ! But don’t get too excited because as Lulu points out “our music is not here to be enjoyed but to destroy”. You’ve been warned, mind you !
ACTE de Barbarie – Chair fraîche (live à la soirée Punk’s not Dinde des RatRöckers)
ACTE de Barbarie – Chair fraîche (répète)
LE MOMENT “C’EST QUOI UN PUNK ?”
THE “WHAT THE FUCK IS A PUNK ?” TIME”
Ju (en désignant Chicken avec humour) : “Un mec qui sert à rien. Qui picole. Qui s’défonce. Qui branle rien. Qui s’fait dessiner sur la gueule par des gosses.”
Ju (pointing at Chicken with laughter in his eyes) : “A useless guy. Who drinks. Takes drugs. A wanker. On who kids have drawn on his face.”
Lulu : “C’est quelqu’un qui se fout du regard des autres. Qui se fait plaisir.”
Lulu : “It’s somebody who doesn’t give a fuck about the way he’s looked at. Who enjoys himself.”
Chicken :”Tu vis tes idées à fond. T’es prêt à tout sacrifier dans ta vie pour tes idées. Et tu t’en bats les couilles de ce que pensent les autres. Quitte à te retrouver à la rue, tu vis comme tu as envie de vivre. Par contre tu respectes les gens autour. Mais s’ils te respectent pas, t’as le droit de te défendre. Tu vas à fond dans tes idées quitte à ce que ça te foute dans la merde.”
Chicken : “You experience your ideas. You’re ready to sacrifice your life for your ideas. And you don’t give a fuck about what others think about it. Even though you end up homeless, you live as you want to live. But you show some respect to people around you. But if they don’t respect you, you have every right to defend yourself. You go deep into your ideas even though you end up in troubles.”