
C’est l’histoire d’un mec.
Alors oui. Mais non. Le mec dont je parle ne s’appelle pas Gérard. C’est Fred. Denise. Pas non plus celle à qui vous pensez. La mère. Non. FRED DENISE.
Fred Denise. Voilà le gars dont voilà (un bout) d’histoire (parce que bon, je suis pas son biographe non plus).
Né à Rouen chez les Vikings (oui, je sais, pas vraiment. Mais si je suis pas biographe, je suis pas historien non plus) (ou généticien), le petit (à l’époque) Fred entra dans la Vie tel un punk dans un bar glauque du port de Buenos Aires en poussant un “cri anormal”. Dixit son médecin accoucheur. C’est pas banal. Et ça pose son bonhomme.
Parti sur ces excellentes bases, le petit Fred décida de grandir. Comme tout le monde me direz-vous (même les nains grandissent) (si, c’est vrai). Mais sa particularité à lui fut qu’il se greffa une guitare. Il l’amenait partout. Ou elle le suivait partout. L’histoire reste discrète sur ce point précis. Et ce ne sont pas les douaniers de l’aéroport de Tel-Aviv qui nous apporteront une éclaircie, eux qui pensaient avoir à faire à une mitraillette. Alors, oui. Fred a très tôt perçu la musique comme une arme. Pas une qui tue, comme cette mitraillette fantasmée. Plutôt une qui éveille les conscience. À la manière d’un stylo. Ou d’un clavier (si je veux coller à mon temps). Bien qu’ayant été biberonné à Abba, Mike Brandt ou Joe Dassin pour ne citer qu’eux, Fred Denise s’est aussi confronté très tôt à Hendrix, aux Stones, puis à des Metallica, Noir Désir, Silmarils jusqu’à pousser le plaisir vers des Rachid Taha, Brassens, La Tordue. Le raï un peu. Le reggae beaucoup. Le punk très beaucoup (le premier qui me dit que c’est pas français, je lui fais chanter le Bescherelle 10 fois). Et tout naturellement, avec toutes ces influences s’entrechoquant dans ses vibrations, Fred devint un Mano Soliste convaincu et assumé. Mano Solo (dont est issu le titre de cet article) (ceux qui pensaient que je m’étais inspiré d’un certain Jean-Jacques, je vous mets un zéro pointé) (et je vous refais chanter le Bescherelle 10 autres fois), Mano Solo donc, qui entre ses albums solos (mouhahaha) (elle était facile) avait trouvé le temps d’enregistrer un superbe album à l’énergie et la sonorité punk avec son groupe des Frères Misères.

L’énergie punk. Quesaco ?
Car oui. On parle là d’un mec, Fred (c’est de Fred dont je parle) (plus de Mano) (encore moins de Jean-Jacques), qui ne va pas vous faire pogoter. Vous pouvez vous calmer de suite. Fred, c’est le croisement de toutes ces influences. C’est l’enfant naturel de Georges (le guitariste à la grosse moustache) et de Mano (LE Solo). C’est une épure musicale, guitare-voix. Agrémentée par touches étoilées d’un violoncelle. Empreinte de textes forts et ciselés évoquant les affres de nos vies maudites.
Cependant, comme toute épure, ça n’a pas été si simple. Fred ne s’est pas réveillé un jour seul face à sa guitare, toute greffée qu’elle était. Il a tenté. Pas le diable. Mais peut-être pas loin. Il a tenté. De créer des groupes. À plusieurs. À deux (oui, je sais, ça s’appelle un duo). Ainsi naquirent les finalement éphémères Otherside du côté de Rouen. Courte histoire pour ce groupe qui laissa tout de même le temps à Fred Denise d’embarquer par erreur l’ampli de Dominique Laboubée (oui, oui, celui des Dogs) ou d’écrire son tout premier texte qui porte le nom du groupe. Après une migration qui le vit troquer la pluie et les verts pâturages normands pour le soleil et les chocolatines toulousaines, naquirent également les Denise, groupe de reprises “un peu” (c’est Fred qui le précise lui-même) (je le crois, j’étais pas là) punk dont le nom (et donc le sien, si vous avez suivi) (enfin, le sien, le cherchez pas dans le bottin, c’est son nom d’artiste) (de toute façon il n’y a plus de bottin) punks (“ce sont les reprises des Denise qui étaient un peu punks”) (je vous fais un résumé, ça vous évite ainsi d’aller chercher mon début de phrase) et (“naquirent également les Denise et…”) les Fred’z, duo composé de deux Fred. On n’a pas dit non plus que les noms de groupe devaient absolument être originaux. Fred Denise (maintenant, vous savez) commence à voir les limites que lui imposent ses collaborations. Il est alors dans une zone de confort même s’il lui faudra encore un bout de route pour le comprendre. Une zone dans laquelle il se sent empêché.
Prise de recul oblige, il s’écarte momentanément de la scène. Devient un temps manager d’un groupe de reggae qui lui permet de mettre un pied dans les réseaux sociaux et de nouer des contacts avec des webradios notamment. En 2018, flottant sur son énergie (d’aucuns diraient “sur un coup de folie”), Fred propose à Éric de La Vraie Radio d’animer une émission “à tendance punk” comme il la présente. Et c’est un grand “oui” qui accueille la blague. Une blague qui prend le nom de “Let’s Rock avec Denise” et qui va s’étendre sur six années.

Cette émission hebdomadaire est diffusée au fil du temps sur différentes plateformes musicales. Elle permet surtout à Fred d’assouvir son penchant pour les groupes locaux auxquels il donnera la part belle. En programmant leurs morceaux, qu’ils soient auto produits ou non, à côté de groupes plus connus, il met en lumière plusieurs de ces groupes. Il fait également des rencontres déterminantes tant humainement que musicalement. Kurt137!, pilier de la scène punk toulousaine depuis les années 80 et dont il avait fait la première partie avec son duo de Fred, sont de ceux-là. Plusieurs émissions se feront en collaboration avec Pat Kore, le chanteur avec qui il noue des liens amicaux.
Arrive alors 2020 et son lot de contraintes. Si diffuser de la musique se trouve au cœur de son activité non-professionnelle, en jouer commence à fortement lui manquer. Et comme on dit d’un ancien alcoolique que “qui a bu boira”, Fred met, lui, plutôt au goût du jour “qui a joué jouera”. Plus qu’une drogue. La musique fait partie de son ADN. Il tente alors une nouvelle collab, avec Mr Alex Jah cette fois. Il quitte le tout électrique pour s’aventurer dans l’électro. C’est le morceau “Mass Murderer Dance” qui prend corps (on peut le retrouver sur son Bandcamp) (je vous donne le lien en fin d’article) (car on y trouve bien sûr aussi son album) (tout frais tout beau qui vient juste de sortir) (et dont je fais une chronique dans un autre article).
Ça le démange. (Jouer de la musique) (je parle pas des punaises de lit).
Il s’adonne alors à sa dernière tentative en date de se produire à plusieurs. Mais la vie a vite fait de renvoyer les Denise and The Gents là où ils étaient avant de commencer. Quelques problèmes de santé plus tard, Fred Denise prend conscience que s’il veut faire ce qu’il aime, il ne va devoir compter que sur lui-même. Sur scène et dans l’écriture en tout cas. Car ce sont bien des rencontres, toujours et encore, qui vont lui permettre de prendre son élan. Kurt137! et Pat Kore, toujours, comme une seconde peau. Mais aussi Lise Cabaret, chanteuse parisienne, qui lui montre qu’un set acoustique est parfaitement viable. C’est aussi Piero Quintana, avec son set solo-guitare-musique électro Quintana Dead Blues eXperience, qui lui fait prendre conscience qu’il “sera le seul à bien jouer ses propres compositions comme lui-même les entend”. C’est enfin les encouragements sincères de Mistiti (ex-Bérus) ou d’Olivier des Fils de Joie (oui, ceux-là même du “La Tour Eiffel/la Tour Montparnasse/la corde ou le gaz/un problème auquel/ohohoh je réfléchis”) (le morceau des années 80 “Adieu Paris”, quoi), qui lui donne l’opportunité de faire leur première partie à Toulouse pour la release party de leur tout nouvel album. Opportunité aussi offerte par Yves, le manager de Kurt137! qui l’invite à ce fameux concert d’artistes solos (sans Mano), le Fest’Yves, auquel participent les Lise Cabaret, Mistiti et autre Quintana.

Fred Denise avec entre autre sa seconde peau Kurt137!
Nous sommes fin 2023.
Il est temps.
Fred Denise se lance dans le grand bain : il décide de composer et d’enregistrer un album en…solo.
Il reprend alors plusieurs de ses textes écrits au fur et à mesure de l’histoire que je viens de vous conter. Dont naturellement le tout premier, “Otherside”. Qu’il va doublement adapter. Une version voix-guitare-violoncelle. Et une version juste voix-violoncelle telle qu’elle lui trottait dans la tête depuis toutes ces années. Il fait la rencontre de Caroline avec laquelle “ça matche” de suite. Telle une télépathe, elle saisit ce qui se joue dans la tête de Fred et le retranscrit via son instrument. Un passage en studio plus tard, et voilà le tout premier sept titres de cet artiste profondément touchant et sincère prêt à déferler sur le monde comme il le fait d’ores et déjà sur plusieurs webradios et autres plateformes de streaming musical.

https://freddenise.bandcamp.com/album/otherside-3
Pour le reste, pour l’avenir, mon rôle s’arrête là. C’est Fred qui va l’écrire.
“Cet album, il n’est pas parfait. Mais il me ressemble finalement, c’est celui que je voulais faire. L’avantage et l’inconvénient d’être seul , c’est que je n’ai pas de limite, je fais ce que je veux et comme je le veux. Je ne fais des concessions artistiques qu’avec moi-même. J’ai toujours raison à la fin ! Cette liberté est un inconvénient aussi car à plusieurs la limite – nécessaire, il faut savoir s’arrêter à un moment donné – est plus facile à trouver.”
Fred ne répondait pas là à ma question habituelle de fin d’interview : “pour toi, c’est quoi être punk ?”. Il y répond pourtant à merveille.
