Punk réaliste. Kurt!137 nous propulse chez nous.

Le début du 20e siècle s’est musicalement accompagné d’un genre que l’on appelait “la chanson réaliste”. Genre tellement dans sa vérité qu’il connut un succès renouvelé dans l’entre-deux-guerres avec des artistes du nom de Fréhel, Piaf ou Damia. À l’origine de ce style de chansons se trouve Aristide Bruant qui le premier chantait “le sort tragique de la masse des ouvriers, urbains, des apaches et des filles perdues.” (cf. Wikipédia). Mais quel est le rapport entre Aristide, les apaches de Paris et Kurt!137, groupe punk toulousain ?

Lorsque je découvre un album, fut-ce un “mini” comme ce dernier opus, je ferme les yeux et me laisse embarquer là où me mène la musique et les textes que j’écoute. Chose extraordinaire avec Pat Kore, JiLuk, Tom DCA et Bélu, la projection mentale me laisse immobile. Dès les premiers mots, je me retrouve… ici-même. Sur notre belle planète. Bleue. Des coups qu’on lui assène de manière implacable.

“Quand la première détonation déchira l’air du soir, plus d’animaux, plus de forêt, ça c’est réglé.”

“Asphyxie”, le morceau d’ouverture, pose le débat. Et donne le ton. Une basse puissante qui emporte tout sur son passage, une guitare aux accents de tronçonneuse et une batterie explosive, le tout surmonté d’un chant plein d’une colère froide, nous sommes pris à la gorge, coincés entre cette oppression/libération de l’énergie punk et la triste et néanmoins violence de notre monde, un siècle après Aristide Bruant. Si les masses laborieuses ne vont pas intrinsèquement mieux, se rajoute le cheval de bataille de nos amis Kurtiens : la destruction du monde et de la vie tels que nous les connaissons.

Depuis des années, la défense des animaux et de la nature est au centre des préoccupations des membres du groupe. Cela se retrouve dans nombre de leurs textes, que ce soit sur cette dernière production, “Irresponsables” ou dans leur précédent album, “Terres Brûlées”, sorti en 2020. Les intitulés de morceaux sont à ce titre très explicites. “Cellule de crise”, “Monde en dérive”(dont je vous conseille l’excellent clip que vous trouverez juste ci-dessous) ou “Irresponsables” qui donne son titre à l’ensemble.

https://www.youtube.com/watch?v=R2efY36gksI

Pour qui connaît déjà la troupe kurtesque, il n’y aura donc pas de surprise ici. Mais la confirmation que l’on n’est pas sur le plateau télé d’une émission animée par Michel Drucker. La musique est violente. Et pourtant entraînante. Dans le fracas musical qui nous est jeté à la figure s’extirpent continuellement des mélodies entêtantes qui pourraient faire l’objet de tubes de l’été si la masse (“écouteuse” celle-là) n’avait pas les oreilles lénifiées par le type d’émissions citées juste avant. Certains morceaux pourraient même facilement devenir des hymnes. Punks, les hymnes. Bien sûr. Car il y a du pogo en puissance dans chacune des notes de cet album. Impossible de rester immobile. On a envie de sauter partout. Contre tout ce qui nous entoure. D’autres sois si l’on est en concert. Des murs si l’on est seul chez soi. Ou les murs de la honte qui n’étouffe pas notre classe dirigeante et leurs affidés.

Ces hymnes et mélodies pourraient paraître incongrus dans un tel album, dans un tel propos. Car cela apporte une légèreté certaine à la dureté des textes et l’âpreté de la majorité de la musique. Mais comme Kurt!137 fait bien les choses, cette dualité nous ramène sans cesse à notre condition. Là. Ici. Et maintenant. Où l’on continue à s’amuser sans peine alors que nos pieds dansent non plus sur des charbons ardents mais bien sur des flammes. Hautes et incandescentes. Nous brûlons avec le sourire.

Mais pas Kurt!137 qui tente de nous transmettre sa sensibilité d’un monde aux abois. Chaque texte hurle, comme les loups, et nous commande de nous réveiller. Car comme le disait non pas un Apache mais un Lakota, Sitting-Bull pour ne pas le nommer, “lorsque le dernier ruisseau sera pollué, le dernier animal chassé et le dernier arbre coupé, l’homme blanc comprendra que l’argent ne se mange pas.” Cet album ne parle pas d’autre chose. Malheureusement. Car si vous pensez que ces Toulousains sont des êtres tristes, déprimés et sans amour, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil jusqu’au coude. Et c’est justement pour cela, pour ce qu’ils sont humainement, dans cette beauté profonde que notre nature peut abriter, qu’ils savent aller toucher ce qui fait mal dans nos comportements collectifs. Ce qui déconne. Ce qui détruit.

“Tu n’es qu’une planète au bord de l’asphyxie, tu n’es qu’une fleur fanée sur le revers de ma veste, sur le revers de tes restes.”

Oui, c’est sombre. Violent. Désabusé ? Pas totalement. Il faut bien lire le Kurt pour s’apercevoir qu’il y a encore une once d’espoir. De “Terres brûlées” à “Irresponsables”, toute la production kurtienne retentit comme un ultime avertissement, comme une dernière alerte. Avant la fin. Ils nous chantent “juste” (doux euphémisme) un monde en dérive. Mais alors, tel des augures, écoutez les bien. Et tremblez vos derniers osselets lorsqu’ils chanteront “un monde finit”.

“Irresponsables” est à retrouver sur le site Bandcamp en suivant le lien ci-dessous.

https://kurt137.bandcamp.com/album/irresponsables?fbclid=IwAR0sCRGMuz9Ibj4cNz4naTofmqxqNyygUdnjtqN2AvFfSfG1Cy7B-pRnLAY

ou en contactant directement le groupe via sa page facebook

https://www.facebook.com/kurtcenttrentesept

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